On lit les lettres de Van Gogh comme on regarde ses toiles : avec l’impression d’une évidence immédiate, puis d’une complexité qui ne se livre qu’à la relecture. Plus de 800 lettres écrites de sa propre main, adressées principalement à son frère Théo van Gogh, constituent un corpus que l’on aurait tort de réduire à un simple supplément biographique. Ce sont des textes qui pensent, qui argumentent, qui doutent — et qui méritent d’être jugés comme tels. L’édition critique illustrée publiée par Actes Sud en octobre 2009, fruit de quinze années de recherches menées conjointement par le musée Van Gogh d’Amsterdam et l’Institut néerlandais d’histoire de l’art à La Haye, sous la direction de Hans Luijten, Leo Jansen et Nienke Bakker, offre enfin les outils pour les lire sérieusement. Six volumes, plus de 2 000 pages, environ 4 300 reproductions couleur : l’ambition est éditoriale autant que scientifique. Reste à savoir ce que l’on y trouve vraiment, et ce que cela change sur notre lecture de l’œuvre peinte.
- Les lettres de Van Gogh — 819 de sa main, sur 902 au total — constituent une œuvre littéraire à part entière, pas un simple document biographique.
- L’édition critique Actes Sud (2009) en 6 volumes est la référence absolue : nouvelles datations, traductions révisées, apparat critique complet et 4 300 illustrations.
- L’écriture de Van Gogh est précise, rythmée, traversée d’humour et d’autodérision — elle fait écho direct à sa pratique picturale.
- Les lettres éclairent la souffrance psychique sans permettre aucun diagnostic rétrospectif fiable : la prudence s’impose face aux étiquettes médicales réductrices.
- Les adaptations cinématographiques simplifient systématiquement ce que la correspondance rend complexe : lire les lettres avant de voir les films est un antidote utile.
Table des matières
Pourquoi lire les lettres de Van Gogh aujourd’hui
La question mérite d’être posée sans détour. Vincent van Gogh est l’un des artistes les plus mythifiés de l’histoire de l’art occidental. L’oreille coupée, la folie supposée, la misère matérielle, la mort à trente-sept ans : le récit hagiographique a pris le dessus sur l’œuvre depuis des décennies. Les lettres constituent précisément le meilleur antidote à cette mythologie, à condition de les lire pour ce qu’elles sont — des textes écrits par un homme qui réfléchissait à son travail avec une rigueur rare.
Ce corpus est d’une densité inhabituelle. Les 819 lettres écrites de la main de l’artiste, auxquelles s’ajoutent 83 lettres de proches et d’amis dans l’édition de référence, couvrent l’essentiel de sa vie adulte, de 1872 à 1890. Elles documentent le processus créatif dans ses détails les plus concrets : choix des couleurs, coût des toiles, relations avec les marchands, lectures, admiration pour d’autres peintres. Elles permettent aussi de suivre l’évolution d’une pensée esthétique cohérente, souvent en avance sur son temps.
Lire ces lettres aujourd’hui, c’est aussi corriger plusieurs malentendus tenaces :
- Van Gogh n’était pas un autodidacte naïf : il lisait Zola, Dickens, Maupassant, s’intéressait à la gravure japonaise, connaissait les débats artistiques de son époque.
- Sa relation avec Théo n’était pas seulement affective : c’était un dialogue intellectuel soutenu, où le frère marchand d’art jouait le rôle d’un interlocuteur exigeant.
- Sa productivité n’était pas le signe d’une frénésie incontrôlée : les lettres montrent un artiste qui planifie, qui compare, qui revient sur ses erreurs.
L’édition critique illustrée publiée par Actes Sud donne enfin les moyens de cette lecture rigoureuse. Structurée en six volumes organisés chronologiquement — du volume 1 couvrant la période 1872-1881 jusqu’au volume 5 consacré à Saint-Rémy-de-Provence et Auvers-sur-Oise — elle accompagne chaque lettre d’un apparat critique complet, avec nouvelles datations, notes, et reproduction des œuvres mentionnées dans le texte. C’est cette rigueur qui permet enfin de poser la question du style.
Car avant d’être un document, la correspondance de Van Gogh est une écriture. Et c’est précisément ce point qui mérite d’être examiné de près.
L’art des mots : une écriture de peintre, précise et habitée
Ce qui frappe dès les premières lettres, c’est la qualité de l’attention. Van Gogh décrit un paysage comme il le peindrait : par touches successives, en cherchant l’angle juste, en notant ce qui résiste à la description autant que ce qui s’y prête. Son écriture n’est pas celle d’un artiste qui « parle de son art » avec la distance du commentateur. C’est une écriture de praticien, qui pense en faisant.
Le style varie selon les destinataires et les périodes. Aux lettres adressées à Théo — les plus nombreuses et les plus développées — s’opposent des billets plus brefs, plus tendus, écrits depuis Arles ou Saint-Rémy dans des moments de crise. Mais même dans les passages les plus fragmentés, la phrase reste travaillée. Van Gogh utilise des comparaisons visuelles là où d’autres useraient d’abstractions. Il écrit, par exemple, que la couleur jaune de certains champs lui fait l’effet d’un coup de soleil sur la nuque — une image qui dit plus sur sa perception sensorielle que n’importe quelle analyse formelle.
L’humour est une composante souvent négligée. Van Gogh pratique une autodérision constante sur sa propre situation matérielle, sur ses échecs commerciaux, sur les réactions de son entourage face à ses toiles. Cette ironie n’est pas amère : elle témoigne d’une distance lucide vis-à-vis de lui-même, qui contraste avec l’image du génie tourmenté que la postérité a construite.
Les dessins insérés dans les lettres sont une dimension supplémentaire de cette écriture hybride. Croquis de compositions en cours, schémas de couleurs, plans de l’atelier du Midi : ces images ne sont pas des ornements. Elles complètent le texte, parfois le remplacent, parfois le contredisent. L’édition Actes Sud les reproduit en couleur, ce qui permet enfin de mesurer leur qualité intrinsèque — certains de ces dessins sont des œuvres à part entière.
La phrase culte de Vincent Van Gogh, souvent citée, vient d’une lettre datée du 19 avril 1888 : il y affirme que « bien dire » est aussi intéressant et aussi difficile que « bien peindre ». Cette formule n’est pas une coquetterie d’artiste. Elle exprime une conviction profonde sur l’équivalence des pratiques — et elle se vérifie à la lecture. Van Gogh écrivait avec le même soin qu’il peignait, et la correspondance en porte la trace à chaque page.
Ce soin stylistique n’est pas séparable du contenu. Car les lettres ne parlent pas seulement de la vie de Van Gogh : elles exposent une vision de la peinture d’une cohérence remarquable, que l’on aurait tort de réduire à des anecdotes d’atelier.
Ce que les lettres racontent de sa vision de la peinture et du métier

Les lettres de Van Gogh fonctionnent comme un laboratoire esthétique. On y trouve des réflexions sur la couleur qui anticipent les débats du postimpressionnisme, des analyses de composition d’une précision technique surprenante, et une théorie du travail artistique que l’on chercherait en vain dans les écrits de ses contemporains.
La couleur est le thème central. Van Gogh ne parle pas de couleur de façon impressionniste — au sens vague du terme. Il raisonne en termes de contrastes, de complémentaires, d’effets psychologiques. Ses lettres depuis Arles sont particulièrement riches sur ce point : il y décrit comment le jaune et le violet, le bleu et l’orange, produisent des tensions visuelles qu’il cherche à exploiter systématiquement. Ce n’est pas une intuition : c’est une méthode, construite par l’observation et la lecture.
Le travail est une obsession récurrente. Van Gogh revient constamment sur la nécessité de peindre vite, beaucoup, sans se laisser paralyser par le doute — tout en insistant sur la nécessité de recommencer, de corriger, de ne jamais se satisfaire d’un résultat. Cette tension entre urgence et exigence traverse toute la correspondance et donne une image très différente de celle de l’artiste impulsif que le mythe a fabriqué.
Ses influences sont nombreuses et revendiquées :
- Millet pour le travail sur la figure paysanne et la dignité du motif ordinaire.
- Delacroix pour la théorie de la couleur et l’usage expressif des contrastes.
- L’estampe japonaise pour la simplification du trait et la planarité des compositions.
- Rembrandt comme horizon lointain, cité avec une admiration mêlée de distance critique.
Sur la question de la réception, Van Gogh est lucide sans être résigné. Il sait que ses toiles ne se vendent pas, il en analyse les raisons avec une froideur parfois surprenante. Il ne cherche pas à plaire au marché, mais il ne méprise pas non plus le public — il espère toucher un jour des gens simples, des ouvriers, des paysans, avec des œuvres qui leur parlent directement. Cette ambition populaire, souvent oubliée, est pourtant présente dans des dizaines de lettres.
La critique de son époque, quand elle existe, est un autre éclairage sur cette question. Car Van Gogh a été jugé de son vivant — et ce jugement mérite d’être examiné à la lumière de ce qu’il en dit lui-même dans sa correspondance.
Réception et malentendus : ce que les critiques voyaient, ce qu’il répondait
La légende veut que Van Gogh n’ait vendu qu’un seul tableau de son vivant. Ce chiffre est contesté, mais il dit quelque chose de réel sur sa marginalité commerciale. La réception critique de son vivant est plus complexe qu’on ne le croit généralement : quelques textes favorables ont bien existé, mais ils restaient minoritaires et souvent mal compris.
Ce que disaient les critiques à propos de Van Gogh de son vivant se résume à quelques positions récurrentes. Le critique Albert Aurier publie en janvier 1890 dans le Mercure de France le premier grand texte consacré à son œuvre, saluant une peinture « symboliste » et « visionnaire ». Van Gogh répond à ce texte dans sa correspondance avec une méfiance significative : il récuse l’étiquette symboliste, insiste sur le fait que ses tableaux partent toujours d’une observation directe du réel, et s’inquiète que cet éloge ne le place dans une catégorie qui ne lui convient pas. Cette réponse est précieuse : elle montre un artiste qui refuse d’être instrumentalisé par la critique, même bienveillante.
Les réactions négatives, elles, sont plus rares dans la correspondance — non parce qu’elles n’existaient pas, mais parce que Van Gogh choisissait de ne pas y consacrer trop d’énergie. Il préférait analyser ses propres erreurs plutôt que de répondre aux détracteurs. Cette économie de l’attention est en elle-même révélatrice d’une posture professionnelle.
Ce que les lettres permettent de comprendre, c’est que le malentendu avec la critique de son époque était d’abord un malentendu de catégorie. Van Gogh ne s’inscrivait dans aucune école clairement identifiable. Il n’était pas impressionniste au sens strict, pas symboliste, pas encore postimpressionniste — terme qui n’existait pas de son vivant. Les critiques manquaient de cadre pour le lire, et lui-même refusait d’en fournir un.
Ce décalage entre la réception externe et l’auto-analyse interne est l’un des aspects les plus instructifs de la correspondance. Il prépare à aborder la question la plus sensible — et la plus souvent mal traitée — autour de Van Gogh : celle de sa santé mentale.
Santé mentale : ce que les lettres permettent de dire, et ce qu’elles ne prouvent pas

C’est le terrain le plus glissant de toute la littérature sur Van Gogh. La question de sa santé psychique a généré une quantité considérable de spéculations rétrospectives, dont la plupart utilisent les lettres comme pièces à conviction. Cette approche pose un problème méthodologique sérieux.
Les lettres témoignent effectivement de crises. Depuis Saint-Rémy-de-Provence, où Van Gogh entre volontairement à l’asile Saint-Paul-de-Mausole en mai 1889, les lettres décrivent des épisodes de confusion, d’angoisse intense, d’incapacité à travailler. Ces passages sont écrits avec une précision clinique qui impressionne : Van Gogh observe ses propres symptômes comme il observerait un motif, cherchant à en comprendre la logique sans céder à la dramatisation.
Mais les lettres ne permettent pas de poser un diagnostic. Van Gogh bipolaire ou schizophrène ? La question a été débattue par des dizaines de médecins et de psychiatres depuis un siècle. Les hypothèses avancées sont nombreuses :
- Épilepsie du lobe temporal (hypothèse aujourd’hui la plus sérieusement documentée)
- Trouble bipolaire de type I
- Intoxication au plomb ou à la térébenthine
- Porphyrie aiguë intermittente
- Schizophrénie (hypothèse aujourd’hui largement abandonnée)
Les lettres ne tranchent pas entre ces hypothèses. Elles décrivent des symptômes, pas des causes. Et surtout, elles montrent que les périodes de crise alternent avec des périodes de travail intense et lucide — ce qui contredit l’image d’un artiste constamment submergé par la folie. Les volumes 4 et 5 de l’édition Actes Sud, couvrant Arles et Saint-Rémy, sont particulièrement éclairants sur ce point : les lettres les plus riches intellectuellement sont parfois écrites dans les semaines qui suivent immédiatement une crise sévère.
La prudence s’impose donc. Utiliser les lettres pour « diagnostiquer » Van Gogh, c’est à la fois trahir leur complexité et réduire une œuvre considérable à une étiquette médicale. Ce que les lettres permettent de dire avec certitude, c’est que Van Gogh souffrait, qu’il en était conscient, qu’il cherchait à comprendre sa souffrance, et qu’il ne la laissait pas définir son identité d’artiste.
Cette distinction entre témoignage de la souffrance et réduction pathologique est précisément ce que les adaptations cinématographiques échouent le plus souvent à maintenir.
Lettres versus films : ce que la critique cinématographique transforme
Plusieurs films ont tenté de raconter la vie de Van Gogh. Le plus célèbre reste La Vie passionnée de Vincent Van Gogh de Vincente Minnelli (1956), avec Kirk Douglas dans le rôle principal. Plus récemment, Loving Vincent (2017) et Van Gogh, à la porte de l’éternité de Julian Schnabel (2018) ont proposé des approches très différentes. La critique du film Van Gogh revient souvent sur les mêmes problèmes.
Le premier problème est la dramatisation de la folie. Les films ont tendance à concentrer les crises, à les rendre visuellement spectaculaires, à en faire le moteur narratif principal. Les lettres montrent au contraire que la souffrance psychique de Van Gogh était discontinue, souvent silencieuse, et qu’elle coexistait avec des périodes de grande clarté intellectuelle. Le film de Schnabel, pourtant l’un des plus respectueux, ne parvient pas entièrement à éviter ce piège.
Le deuxième problème est la simplification de la relation avec Théo. Dans les films, Théo est souvent réduit à un personnage de soutien affectif. Les lettres révèlent une relation beaucoup plus complexe : Théo est un interlocuteur intellectuel, un partenaire commercial, parfois un contradicteur. Il a ses propres opinions sur l’art, ses propres contraintes professionnelles, et la correspondance entre les deux frères est un dialogue — pas un monologue de Vincent adressé à un public bienveillant.
Le troisième problème est la téléologie. Les films savent comment l’histoire se termine, et ils organisent le récit en conséquence : chaque tableau devient un présage, chaque crise un pas vers la fin. Les lettres, elles, sont écrites dans l’ignorance du futur. Van Gogh à Auvers-sur-Oise en juin 1890 ne sait pas qu’il mourra en juillet. Cette différence de perspective change radicalement le sens de ce que l’on lit.
Lire les lettres avant de voir un film sur Van Gogh est donc un exercice utile — non pour « vérifier » l’exactitude historique, mais pour mesurer ce que la dramatisation cinématographique ajoute et ce qu’elle efface. Ce que les films ne peuvent pas faire, les lettres le font : elles donnent accès à une pensée en train de se former, sans montage ni mise en scène.
Reste à savoir quelle édition choisir pour accéder à ce corpus, et comment l’aborder sans se décourager face à l’ampleur du texte.
Quelle édition choisir et comment les lire sans se perdre
L’édition de référence est celle publiée par Actes Sud en octobre 2009, sous la direction de Hans Luijten, Leo Jansen et Nienke Bakker. Six volumes sous coffret, format 30 × 25 cm, plus de 2 000 pages, environ 4 300 reproductions couleur. Le travail éditorial est d’une rigueur exemplaire : texte établi au plus près des originaux, nouvelles datations des lettres, annotation complète, nouvelle traduction française des lettres écrites en néerlandais, traduction néerlandaise révisée des lettres en français, et traduction anglaise entièrement nouvelle.
| Critère | Édition Actes Sud (6 vol.) | Sélections thématiques | Accès web (vangoghletters.org) |
|---|---|---|---|
| Exhaustivité | 902 lettres | Variable (50 à 200 lettres) | Complète |
| Apparat critique | Complet | Réduit | Complet |
| Illustrations | ~4 300 couleur | Limitées | Couleur (écran) |
| Prix indicatif | ~360-395 € | 15-30 € | Gratuit |
| Usage recommandé | Recherche, collection | Première approche | Vérification, recherche |
Le prix de l’édition complète — entre 360 et 395 euros, avec un prix de lancement à 325 euros jusqu’en janvier 2010 — la réserve naturellement à un public de chercheurs, de collectionneurs ou de lecteurs très engagés. Pour une première approche, plusieurs sélections thématiques ou chronologiques existent, qui permettent de se concentrer sur une période précise.
La structuration chronologique de l’édition Actes Sud est un guide de lecture en elle-même :
- Volume 1 (1872-1881) : les années de formation, entre La Haye, Londres, Paris — un Van Gogh encore hésitant sur sa vocation.
- Volume 2 (1881-1883) : La Haye, les premières toiles sérieuses, la relation avec Sien Hoornik.
- Volume 3 (1883-1887) : Drenthe, Nuenen, Anvers, Paris — la période sombre et les premières confrontations avec l’impressionnisme.
- Volume 4 (1888-1889) : Arles, la maison jaune, la rupture avec Gauguin — les lettres les plus denses sur la couleur.
- Volume 5 (1889-1890) : Saint-Rémy, Auvers-sur-Oise — les dernières lettres, les plus émouvantes et les plus lucides.
Pour un lecteur qui découvre ce corpus, commencer par le volume 4 ou 5 est souvent plus efficace que de partir du début. Les lettres d’Arles et de Saint-Rémy sont les plus concentrées, les plus riches stylistiquement, et les plus directement liées aux œuvres les plus connues. Le volume 6, consacré à l’apparat critique (biographie, chronologie, cartes, glossaire, index, bibliographie), est indispensable pour contextualiser les références.
Le site vangoghletters.org, disponible en anglais et en néerlandais, offre un accès gratuit à l’ensemble du corpus avec le même niveau d’annotation. Il est utile pour des recherches ponctuelles, mais la lecture prolongée sur écran reste moins confortable que le livre — surtout pour les dessins insérés dans les lettres, dont la qualité de reproduction est meilleure dans l’édition papier.
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COFFRET 6V - VINCENT VAN GOGH. LES LETTRES: L'EDITION COMPLETE ILLUSTREE
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Vincent Van Gogh: Les Lettres: Édition critique complète illustrée
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Nietzsche-Van Gogh, Incandescences Maudites
Ces repères pratiques posés, il reste à répondre à la question centrale : à qui ces lettres s’adressent-elles vraiment, et pour qui sont-elles indispensables ?
Avis : pour quels lecteurs ces lettres sont indispensables, et pour quels lecteurs elles le sont moins
Soyons directs. L’édition critique complète en six volumes est un objet éditorial d’exception — et un investissement considérable en temps autant qu’en argent. Elle n’est pas faite pour tout le monde, et prétendre le contraire serait malhonnête.
Pour qui ces lettres sont indispensables :
- Les historiens de l’art et les chercheurs travaillant sur le postimpressionnisme, la fin du XIXe siècle ou la correspondance d’artistes : l’apparat critique de l’édition Actes Sud est une ressource sans équivalent.
- Les amateurs sérieux de Van Gogh qui veulent dépasser la biographie romancée et comprendre le processus créatif de l’intérieur.
- Les lecteurs intéressés par l’écriture d’artiste comme genre littéraire : les lettres de Van Gogh tiennent leur place aux côtés des journaux de Delacroix ou des carnets de Léonard.
- Quiconque a vu les toiles d’Arles ou de Saint-Rémy et veut comprendre ce que Van Gogh cherchait à faire — pas ce que les historiens ont dit qu’il faisait.
Pour qui elles le sont moins :
- Le lecteur qui cherche une biographie narrative et lisible : les lettres ne racontent pas une vie de façon linéaire, elles la fragmentent.
- Le lecteur pressé : la densité du corpus exige du temps et de la patience. Une lecture en diagonale ne donne accès qu’à des fragments sans contexte.
- Celui qui espère une révélation psychologique définitive sur la « folie » de Van Gogh : les lettres complexifient la question, elles ne la résolvent pas.
La limite principale de l’édition Actes Sud n’est pas éditoriale — c’est son accessibilité financière. À 360-395 euros, elle reste hors de portée pour beaucoup de lecteurs. Les sélections disponibles en poche ou en édition illustrée moins coûteuse rendent service, mais elles sacrifient nécessairement une partie de l’apparat critique qui fait la valeur de l’édition complète.
Ce que l’on peut dire sans réserve : lire les lettres de Van Gogh, même partiellement, même dans une édition incomplète, change durablement le regard que l’on porte sur les toiles. Non pas parce qu’elles « expliquent » la peinture — Van Gogh lui-même se méfiait de cette idée — mais parce qu’elles donnent accès à une intelligence au travail, précise, honnête, et remarquablement écrite.
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Lettres de Van Gogh: L'art des mots
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Vincent Van Gogh : Correspondance générale, tome 1
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Correspondance générale, tome 2
FAQ
Van Gogh bipolaire ou schizophrénie ?
Aucun diagnostic rétrospectif ne fait consensus. L’hypothèse de l’épilepsie du lobe temporal est aujourd’hui la plus sérieusement documentée par les spécialistes. Le trouble bipolaire est souvent évoqué, mais les lettres seules ne permettent pas de trancher : elles décrivent des symptômes, pas des causes, et les périodes de grande lucidité intellectuelle contredisent les diagnostics les plus sévères.
Quelle est la phrase culte de Vincent Van Gogh ?
La formule la plus citée et la plus représentative de sa pensée vient d’une lettre du 19 avril 1888 : il y affirme que « bien dire » est aussi intéressant et aussi difficile que « bien peindre ». Cette phrase résume sa conviction que l’écriture et la peinture relèvent d’une même exigence de précision et d’honnêteté.
Quelle est la critique du film Van Gogh ?
Les films sur Van Gogh sont régulièrement critiqués pour leur dramatisation excessive de la folie, leur simplification de la relation avec Théo, et leur construction téléologique du récit. Le film de Julian Schnabel (2018) est souvent jugé plus respectueux que ses prédécesseurs, mais aucune adaptation n’échappe entièrement au problème de la mise en scène d’une vie dont on connaît la fin tragique.
Que disaient les critiques à propos de Van Gogh ?
De son vivant, Van Gogh a reçu peu d’attention critique. Le texte le plus notable est celui d’Albert Aurier, publié en janvier 1890 dans le Mercure de France, qui salue une peinture symboliste et visionnaire. Van Gogh lui-même récusait cette étiquette dans sa correspondance, insistant sur l’ancrage de son travail dans l’observation directe du réel.
Les lettres de Van Gogh résistent à toutes les simplifications que leur postérité leur a imposées. Elles méritent d’être lues pour ce qu’elles sont : l’œuvre écrite d’un artiste qui pensait avec autant de précision qu’il peignait, et qui laisse au lecteur patient une intelligence du travail créatif que peu de textes d’artistes atteignent.




